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« La nation, la mondialisation et l'Union Européenne »

Exposé de Brigitte Krulic – samedi 12 mai 2001

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Le modèle de l'Etat-nation

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Unitaire

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Universaliste

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Autoritaire

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Le déclin du modèle

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Le caractère unitaire

La décolonisation, les revendications nationalitaires, la mondialisation, la construction européenne, la réaction souverainiste

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L'universalisme

L'étendue du sujet impose essentiellement d'en poser la problématique et de traiter de la crise de l'Etat-nation en prenant appui sur l'exemple de la France et de l'Allemagne.

On parle beaucoup de "fin" ou de "crise" de l'Etat-nation. Le thème est récurrent et doit être mis en relation avec la fragilisation des identités. Pourtant le thème de la nation se porte bien si l'on en croit la multiplication des séparatismes. En 1923, il y avait 23 Etats-nations en Europe. Ce nombre est passé à 50 aujourd'hui. La naissance des Etats-nations s'est opérée beaucoup par démantèlement et aussi par séparatisme, séparatisme qui se développe souvent sur fond de richesse, les mouvements séparatistes étant souvent issus de régions prospères.

La crise de l'Etat-nation ne serait-elle donc pas un aspect de "l'exception française".

Il faut d'abord définir en quoi consiste le modèle de l'Etat-nation et ensuite de préciser dans quelle mesure il est possible de parler de crise de l'Etat-nation.

Le modèle de l'Etat-nation

Le modèle qui serait en crise est le modèle français, lequel est fondé sur :

bullet- l'adhésion volontaire à des principes politiques
bullet- l'arrimage de la nation à l'Etat
bullet- l'assimilation de la nationalité et de la citoyenneté

Le modèle français est de surcroît :

bullet- Unitaire
bullet- Universaliste
bullet- Autoritaire

Trois caractéristiques en fait intimement liées et fortement battues en brèche sous plusieurs aspects.

Unitaire

Le caractère unitaire se déduit de la conception rousseauiste qui repose sur le principe de la volonté générale et laisse donc peu de place aux minorités, aux privilèges et aux particularismes au nom de l'égalité. Pour être égaux, il faut être semblables.

Poursuivant l'œuvre de l'Ancien Régime, la souveraineté est affirmée absolue. La République est une et indivisible et s'oppose aux corps intermédiaires. La notion de "société civile" est rejeté du débat politique, lequel ne connaît que la relation de l'Etat et des citoyens.

Le caractère unitaire a pour conséquence directe la centralisation.

Mitterrand 1954 : "Des Flandres au Cap, il y a une seule loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution, et c'est notre volonté.

Universaliste

Le caractère unitaire postule une dimension universaliste, politique et non sociologique de l'identité, qui minore les déterminations sociologiques.

Il s'agit d'une conception exportable, transférable, à caractère messianique.

On passe de l'homme au "citoyen" par un processus d'abstraction qui a comme conséquence au plan politique le principe de la laïcité.

Autoritaire

Le caractère autoritaire est un corollaire.

Dans certains cas, l'"émancipation" s'opère de gré ou de force. (guerres de l'Empire par exemple)

La minimisation des particularismes entraîne une marginalisation des langues et cultures minoritaires.

Le modèle implique une volonté d'homogénéisation par survalorisation de l'égalité.

A la question philosophique"Peut-on être égaux et différents" la réponse républicaine est celle du principe de l'égalité.

Le déclin du modèle

C'est ce modèle qui, depuis longtemps, est soumis à des tensions très fortes.

Le caractère unitaire

La décolonisation

La décolonisation a été la première manifestation des limites du modèle

Les revendications nationalitaires

Les revendications identitaires s'appuient sur l'affirmation d'identités culturelles, parfois à vocation étatique. Elles mettent en cause les trois principes du modèle au nom du droit à la différence.

Le problème corse, les langues régionales, la décentralisation s'inscrivent dans ce mouvement et rejoignent le mythe de "Paris et le désert français", les idées tiers-mondistes, et les conceptions sociopolitiques récentes du "centre et de la périphérie".

La mondialisation

La mondialisation, nouveau poncif de la pensée moderne, associée aux nouvelles technologies, sur le plan économique et financier, sur le plan culturel, et sur le plan environnemental, accompagne et renforce les revendications identitaires.

Les problèmes d'environnement, de bioéthique, ne sont plus gérables au niveau des Etats-nations.

On peut faire un parallèle avec l'Allemagne qui pourrait apparaître a priori mieux adaptée à la mondialisation. La réalité est néanmoins plus complexe. Divers exemples montrent que l'"archaïsme" français peut faire bon ménage avec la mondialisation.

Le modèle "républicain" français, au plan aussi bien culturel qu'économique" est consubstantiellement lié à l'Etat. Le modèle allemand est au contraire centré sur la société civile. Il devrait a priori mieux "résister". Mais, il peut apparaître contre-productif.

Exemple en France : échec de l'OPA/OPE de la BNP (M. Pébereau) sur la Société Générale. Pébereau s'était déjà saisi de Paribas, d'où BNP-Paribas. Le Gouvernement français n'est pas intervenu en faveur du regroupement d'un géant français, comme il l'aurait fait autrefois. D'où la protestation de Jean-Pierre Chevénement pour qui l'absence de constitution d'un géant français va à l'encontre de l'intérêt national.

La non intervention, au nom du désengagement de l'Etat, si elle porte la marque européenne, reflète en fait davantage une conception d'inspiration anglo-saxonne des relations de l'Etat et de l'économie.

La situation est très différente de celle de 1981 où l'on nationalisait pour éviter d'internationaliser.

Exemple allemand : mars-avril 2001. Echec de la fusion Deutsche Bank/Dresdner Bank en 2000, le groupe Allianz qui avait déjà absorbé AGF, s'est allié à la Dresdner Bank (2e après Deutsche) pour former le 2e groupe banquier et financier en Europe. L'Etat ne s'en est pas mêlé directement, mais les réseaux sociaux industrie/banque du capitalisme rhénan ont fonctionné en association avec l'idéal rhénan d'un modèle social consensuel.

Comme au Japon et en Corée on constate une forte hostilité à l'idée d'avoir des entreprises dominées par les fonds de pension américains ou anglosaxons (idée de la famille souche, Gemeinschaft – Dans le cas d'Elf, Ph. Jaffré, fier d'avoir démissionné de l'inspection des finances, s'incline devant un professeur d'histoire représentant d'un fonds de pension américain. Donc, le capitalisme rhénan n'est pas mort, malgré certaines concessions, tandis que le colbertisme français est plus nettement en recul. On remarque aussi que depuis 1996, la croissance allemande est deux fois plus faible que la croissance française.

En France donc, on constate une coexistence d'archaïsme et d'intégration de la dimension "mondialiste". La mondialisation, souvent perçue comme une menace, est peut-être davantage réalisée en France qu'en Allemagne à l'heure actuelle.

La construction européenne

Le débat Europe fédérale-Europe des Etats, qui ne s'est jamais arrêté, est aujourd'hui très actif.

Le concept de subsidiarité est en harmonie avec le fédéralisme allemand. Quelle que soit l'ambiguïté du concept, il comporte une hiérarchie implicite qui place le niveau fédéral au-dessus du niveau national. La question des transferts de souveraineté a connu une grande accélération avec les réformes constitutionnelles et sur le plan de l'ordre juridique interne, l'arrêt Nicolo de 1989 a marqué la fin d'une résistance de plus de trente ans du Conseil d'Etat à l'ordre juridique communautaire. Il en résulte un début de dissociation entre la nation et les attributs de la souveraineté.

La réaction souverainiste

La réaction "souverainiste" est une reformulation contemporaine de la "révolte du peuple qui ne s'appartient plus et qui ne l'accepte pas" (William Abitbol et Paul-Marie Couteaux).

L'universalisme

L'universalisme du modèle français subit également une forte pression.

Les droits de l'homme dans leur conception individualiste se voient opposer le respect des diversités culturelles, avec comme conséquence ultime le multiculturalisme et l'exacerbation des revendications identitaires. Les revendications identitaires ont comme corollaire idéologique le primat des déterminismes sociologiques (parité, langues régionales, laïcité mise en question. Au "égaux parce qu'identiques" s'oppose le "égaux mais différents".

Conclusion :

Les Etats-nations sont des formes historiques d'organisation politique dont la pérennité n'est évidemment pas assurée. Toutefois, la question est presque prématurée. La nation se porte bien et a encore de beaux jours devant elle. En effet :

bullet- Elle est la forme politique qui prend en compte l'affectif
bullet- Elle continue d'être le lieu d'exercice de la démocratie
bullet- Elle est le lieu où s'opère la solidarité (ex. de la Sécurité Sociale)

Le modèle national français est quelque peu malmené par la mondialisation, mais la nation, elle, ne paraît nullement menacée, du moins à court et moyen termes.

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Le modèle de l'Etat-nation

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Unitaire

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Universaliste

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Autoritaire

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Le déclin du modèle

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Le caractère unitaire

La décolonisation, les revendications nationalitaires, la mondialisation, la construction européenne, la réaction souverainiste

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L'universalisme

 

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Dernière modification : 01 mai 2008